2. La Philosophie ‘Habad

De 5518 à 5523 (1758 à 1763), Rabbi Chnéor Zalman mit au point les idées fondamentales de son système philosophique, basé sur l’amour et la crainte de D.ieu provoqués par une réflexion profonde. Son enseignement fut ensuite structuré à partir de la ‘Hassidout, sur l’ordre du Maguid qui, dans un premier temps, refusa de l’orienter dans le service de D.ieu et lui demanda de bâtir son propre système. Après la disparition du Maguid, Rabbi Chnéor Zalman introduisit la ‘Hassidout ‘Habad et s’engagea dans la défense de l’enseignement du Baal Chem Tov, contesté par les mitnagdim (opposants aux hassidim). A ce titre, il fonda, en 5532 (1772), sa yéchiva à Lyozna. L’accès en était réservé à ceux qui avaient déjà accumulé d’énormes connaissances, aussi bien dans la partie législative de la Torah que dans la Kabbalah. Il se rendit, en 5534 (1774), en compagnie de Rabbi Mena’hem Mendel de Horodok, chez le Gaon de Vilna, qui refusa de les recevoir. Il sortit ensuite vainqueur de la grande confrontation de Minsk, en 5543 (1783), puis de celle de Chklov. Parallèlement, son enseignement reçut une diffusion de plus en plus large.

1. Une ère nouvelle après le 19 Kislev

Rabbi Chnéor Zalman fit alors l’objet d’une dénonciation de la part de ses opposants. En effet, il était responsable, en Russie, de la collecte des fonds pour soutenir la communauté ’hassidique de Terre Sainte, dirigée par Rabbi Mena’hem Mendel de Vitebsk. Or, Erets Israël était alors sous domination turque et la Turquie était l’ennemi juré de la Russie. Il fut donc arrêté, en 5559 (1799), le lendemain de la fête de Souccot, puis emprisonné à Petersburg, dans la forteresse Pétropavlov. Son incarcération (qui dura 53 jours correspondant aux 53 chapitres du Tanya (dont l’écriture et la publication furent la cause directe de l’accusation céleste à son encontre et de son arrestation) et aux 53 parachiot de la Torah Ecrite) sema le désarroi parmi les ‘hassidim ‘Habad et sa première réaction fut de leur écrire une lettre pour leur interdire tout acte de vengeance. « Youd Teth Kislev » (le 19 Kislev) est le jour où Rabbi Chnéor Zalman de Lyadi fut relâché (en 1798) de la forteresse Pierre-et-Paul de S. Pétersbourg où il avait été incarcéré sous la fausse accusation de rébellion et de haute trahison. Son innocence une fois établie, non seulement sa vie fut sauvée, mais le mouvement ‘hassidique connut à partir de ce jour un nouvel essor. C’est pourquoi « Youd Teth Kislev » est célébré comme le « Roch Hachana de la ‘Hassidout ».

2. La parabole du prince

La ‘Hassidout en général, et la ‘Hassidout ‘Habad en particulier, révèlent une grande part de la sagesse cachée de la Torah, sagesse qui, dans le passé, avait été enseignée seulement à un petit nombre de saints érudits en Torah, dans le langage mystique de la Kabbalah. Pour la plupart des érudits du passé, la langue de la Kabbalah était comme un code secret, confié à quelques saints choisis de génération en génération. Toutefois, le Baal Chem Tov et ses disciples, particulièrement le Maguid de Mézeritch et Rabbi Chnéor Zalman, commencèrent à expliquer la sagesse secrète de la Torah en un langage simple, employant des paraboles, des illustrations et des exemples pour rendre d’un accès facile à la plupart des Juifs ces pensées et ces enseignements. Certains Rabbins et chefs ‘hassidiques bien intentionnés pensèrent qu’une grande part de la ‘Hassidout est enseignée en pure perte dès qu’elle atteint le Juif moyen, le Juif ordinaire. « Si la plupart des Juifs, disaient-ils, ont pu s’en passer jusqu’à ce jour, pourquoi ne pas continuer ainsi ? » En réponse à ces critiques, Rabbi Chnéor Zalman raconta l’histoire suivante :

Un roi avait un fils unique qui tomba un jour gravement malade. Les médecins de la cour firent tout ce qu’ils purent pour le ramener à la santé, mais en vain. L’état du malade empira, et si rapidement, que bientôt il ne put plus ingérer aucun aliment, aucune boisson, et même les médicaments. Les médecins se sentaient tout à fait impuissants, car ils ne connaissaient aucun moyen d’enrayer le mal et de sauver le prince. Tous, sauf l’un d’eux. Grand spécialiste, il savait quel remède pouvait rendre la santé au jeune prince. Mais il savait aussi que sa préparation requerrait un si grand sacrifice qu’il n’avait osé parler jusque-là. Mais voilà que tout avait été tenté, et que rien n’avait réussi.

3. La pierre précieuse

Le moment était venu où ce spécialiste ne pouvait plus hésiter. Il parut devant le roi et dit :

– Majesté, je peux sauver votre fils, mais le remède est si spécial que je n’ose même pas en parler. D’autre part, toutes les tentatives ayant été vaines, il ne nous reste que cette seule ressource.

– Quel est ce mystérieux remède ? S’enquit le souverain qui commençait à nourrir quelque espoir.

– Pour le préparer, il serait nécessaire d’ôter de la couronne de Votre Majesté sa pierre la plus précieuse, la réduire en poudre, la mélanger à de l’eau et donner le tout à boire à votre fils.

– Qu’attends-tu pour le faire ? répondit le roi sans hésiter.

– Majesté, je crois de mon devoir de vous avertir que le prince est si malade qu’une bonne partie de ce breuvage pourrait se perdre. Acceptez-vous, malgré cela, de sacrifier la pierre la plus précieuse de votre couronne pour tenter de sauver la vie de votre fils, le prince bien-aimé ?

– Quelle question ! répondit le roi. Même si une seule goutte du remède pouvait le sauver, je sacrifierais avec joie la pierre la plus précieuse de ma couronne.

Le Baal Chem Tov et ses disciples se rendaient compte que les temps avaient changé, que le Peuple Juif (que D.ieu, le Roi des rois, a appelé « Mon fils aîné, Israël ») était très « malade », et qu’il avait grand besoin du « remède » spécial préparé avec la « pierre la plus précieuse » de la « Couronne Royale » pour revenir à la vie, à la Torah de vie (Torat ‘Haïm). C’est pourquoi, même si une partie s’en « perd », du moment que quelques gouttes peuvent être absorbées par le fils bien-aimé et lui apporter une nouvelle vie, cela suffit à faire le grand sacrifice de la pierre la plus précieuse de la couronne royale. Les enseignements du Becht, du Maguid de Mézéritch et du Baal Hatanya représentent cette « pierre précieuse » que D.ieu a accepté de dévoiler pour sauver Son peuple.